Bilan carbone et plan de décarbonation d'un site industriel

Une PME industrielle sous exigence de décarbonation de son client historique, sans aucune donnée carbone en interne. Sept semaines pour reconstruire l'empreinte du site depuis les traces de l'exploitation, la chiffrer selon le référentiel ADEME et livrer un plan de réduction priorisé.

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Par Marius Ayrault · 21/06/2022 · 3 min lire

Le sujet

Une PME de la plasturgie, 140 personnes, 14,4 M€ de chiffre d’affaires, 35 presses à injecter et deux sites de production, reçoit de son client historique une exigence ferme : mesurer son empreinte carbone et engager un plan de réduction, dans le cadre d’un programme visant à diviser par deux les émissions de sa chaîne de fournisseurs d’ici 2025. L’entreprise ne dispose d’aucune donnée carbone. Le directeur industriel commande une étude sur son site principal : éditer le bilan des scopes 1 et 2 selon le référentiel ADEME, puis proposer un plan d’action visant 15 % d’émissions et 30 % de consommation électrique en moins.

J’ai piloté cette mission comme chef de projet : une équipe de 4, 762 heures, sept semaines sur site, un sponsor métier côté amélioration continue et un commanditaire au comité de direction. Suivi des indicateurs, tenue du délai et du budget côté pilotage ; analyse de risques, design de processus et collecte terrain répartis sur l’équipe. Le DMAIC a servi de colonne vertébrale, du cadrage de la problématique à la réception des livrables.

Reconstruire une donnée qui n’existait pas

Le vrai travail n’est pas le calcul, c’est l’amont. Aucun poste d’émission n’était instrumenté : chaque ligne du bilan a dû être reconstituée depuis les factures et contrats, les extractions de GPAO, les rapports d’experts et des relevés faits à la main dans les ateliers, puis convertie en unités consommées avant d’être croisée avec les facteurs d’émission de la Base Carbone® de l’ADEME.

Chaîne de traitement des données d’entrée en quatre étapes : collecte des sources d’exploitation, conversion en unités consommées, association des facteurs d’émission de la Base Carbone ADEME, puis calcul des tCO2e dans le tableur Bilan Carbone

La règle tenue tout du long : un poste non documentable est déclaré non étudié, jamais estimé au jugé. C’est ce qui rend le résultat opposable devant le donneur d’ordre, et c’est aussi ce qui borne honnêtement la couverture à 60 % des onglets du Bilan Carbone® et 48 % des postes d’émission.

Le périmètre commandé n’était pas le problème

Les données collectées ont permis d’aller au-delà de la commande et de chiffrer aussi les intrants, les emballages et les déplacements. C’est ce dépassement de périmètre qui porte la valeur de l’étude.

Répartition des émissions par scope : scope 1 à 66 tCO2e soit 3 %, scope 2 à 175 tCO2e soit 7 %, scope 3 à 2 203 tCO2e soit 90 % du total de 2 444 tCO2e

Les scopes 1 et 2 demandés pèsent 241 tCO2e, soit 10 % de l’empreinte réelle du site. Les 90 % restants sont en amont, et 86 % du total tient dans un seul poste : 858 tonnes de plastique achetées. Conclusion remise au comité de direction : la trajectoire de décarbonation de l’entreprise ne se joue pas dans ses ateliers mais dans la matière qu’elle achète et dans la conception des pièces avec ses clients.

Un plan chiffré, pas une liste d’intentions

Plan de réduction : huit actions chiffrées totalisant 246 tCO2e, de l’électricité verte à 137,2 t jusqu’aux fuites d’air comprimé à 5,9 t

Chaque action est évaluée en tCO2e évitées puis positionnée sur une matrice impact/effort, ce qui sépare les quick wins sans investissement, comme la chasse aux fuites d’air comprimé, des actions majeures à arbitrer en investissement. Le total identifié atteint 246 tCO2e, soit 10 % du bilan : en deçà des 15 % visés, et l’écart a été présenté comme tel plutôt que rattrapé par des hypothèses complaisantes. La ligne la plus lourde du plan, le passage à un fournisseur d’électricité verte, déplace d’ailleurs la comptabilité carbone davantage qu’elle ne réduit la consommation physique, ce que le rapport signale explicitement.

Rendre l’entreprise autonome

La clôture n’a pas été la remise d’un PDF. Elle a porté sur la transmission de la démarche : structure de gouvernance du bilan carbone, indicateurs de suivi, traçabilité auteur et vérificateur, et renseignement des données d’activité au format attendu par l’ADEME. L’objectif était que l’exercice soit reconductible en interne l’année suivante, sans l’équipe qui l’avait mené.